NIGERIA. LA COUR D’APPEL FEDERALE VALIDE L’ELECTION CONTESTEE DU PRESIDENT UMARU YAR’ADUA

Par Ghislain MABANGA
dimanche 23 mars 2008.
 

Après dix mois de délibéré, la Cour d’appel fédérale du Nigéria, juge du contentieux électoral présidentiel, vient de valider l’élection du président Umaru Yar’adua, ancien gouverneur de l’État de Katsina et dauphin du président sortant, Olusegun Obasandjo.

En effet, les 14 et 21 avril 2007, les Nigérians se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau président de la République, 469 députés et sénateurs ainsi que les gouverneurs et députés des assemblées des 36 Etats. Le 23 avril 2007, la Commission électorale indépendante avait proclamé Monsieur Umaru Musa Yar’adua, du parti au pouvoir PDP, vainqueur du scrutin avec 24.784.227 de voix, contre 6.607.419 pour l’opposant Muhammadu Buhari et 2.567.798 pour l’ancien vice-président Alhaji Abubakar Atiku [1].

A l’exception de l’ancien président Olusegun Obasandjo, pour qui le processus démocratique était sorti "renforcé" de ce scrutin, tous les observateurs nationaux [2] et internationaux ont dénoncé ces élections comme entachées de nombreuses irrégularités au regard des standards internationaux. Cette position a largement été partagée aussi bien par l’Union européenne, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, que par la Grande Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique [3].

Les principaux reproches formulés contre le déroulement de ces élections sont : les violences ayant entraîné la mort d’au moins 200 civils et policiers, les bourrages d’urnes, l’impossibilité pour beaucoup d’électeurs de voter, ainsi que plusieurs autres irrégularités constatées lors du processus de collecte et de compilation des résultats. C’est sur le fondement de ces griefs que les deux candidats malheureux ont saisi la Cour d’appel fédérale du Nigeria à laquelle ils ont demandé, non seulement l’annulation du scrutin querellé, mais aussi l’organisation de nouvelles élections.

Dans son arrêt en date du 26 février 2008, cette Cour, statuant sur le recours de l’ex-vice-président Atiku Abubakar, a rejeté en bloc tous les moyens d’annulation soulevés par le requérant au motif que les irrégularités alléguées n’entachaient pas la régularité et la sincérité du scrutin. L’intéressé a aussitôt annoncé son intention de saisir la Cour suprême de justice, siégeant comme juge d’appel. Mais peut-on attendre une décision impartiale de cette juridiction lorsqu’on sait, par ailleurs, qu’à la veille du verdict de la Cour d’appel, son président, le juge James Ogebe, a été nommé à la Cour suprême par... le président Yar’adua, dont l’élection est contestée ?

La Cour d’appel statuera très prochainement sur le recours de l’opposant Muhammadu Buhari. Toutefois, l’analyse du premier arrêt ne permet pas d’espérer l’annulation de l’élection contestée. En attendant, l’ex-président Obasandjo invite les candidats malheureux à la patience : "Après tout, dans quatre ans il y aura une autre occasion qui, je l’espère, sera sans manipulations de bulletins ou d’urnes" [4].

[1] http://www.inecnigeria.org/election/show_index_result.php ?ele_id=2804

[2] Le Transition monitoring group (TMG), le plus important groupe d’observateurs nigérians, a appelé à l’annulation du scrutin et à la tenue de nouvelles élections

[3] http://www.afriqueouest.info/central.php ?o=5&s=65&d=3&i=203

[4] Idem


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